samedi, 04 juillet 2009
Vue de la plage - Cliché N°1
Elle a choisi la même place que l'an dernier, la peur du changement sans doute qui a habitué son corps à un espace bien particulier et dont il est difficile de se défaire. Un poste d'observation totale sur les gestes de tous ces gens. Leurs vies deviennent soudain très intéressantes parce qu'il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent. Elle a fini son magazine people du moment et a la flemme d'entamer son roman de l'été. L'ennui la guette et elle laisse trainer ses yeux à droite, à gauche, comme si elle passait paresseusement devant les vitrines des boutiques du centre commercial. Ces gens n'ont en fait pas d'intérêt. Ils ont juste le mérite d'être là devant ses yeux, de s'offrir en spectacle gratuitement et d'exposer leurs rondeurs à la face du monde. Il n'y a plus aucun complexe car le soleil a commencé son travail de camouflage. Le gras cuit est tout de suite moins triste à constater que la chair blanche observée le premier jour, quand on a lentement enlevé le tee-shirt, empoigné le bourrelet en se disant que promis l'année prochain on fera mieux en démarrant le régime plus tôt dans la saison.
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mercredi, 01 juillet 2009
Episode 64 - La femme d'une vie
Gabrielle a tout pour rendre un homme heureux. Un visage lumineux, une dentition éclatante, une peau lisse et mate, un corps athlétique, une belle poitrine, de longues mains agiles et un cul à se damner. Séverine est drôle, spirituelle, cultivée. Elle aime le foot et le rugby pour la plastique des joueurs. Elle aime la bière pour son amertume et la douce ivresse qu'elle procure. Elle aime aussi le vin, surtout celui de petits vignerons découvert au hasard de virées entre copains. Elle aime les films d'action et Woody Allen. Elle lit Beigbeder, Alexandre Jardin, Mary Higgins Clark, Douglas Kennedy, Sollers, Agatha Christie dans le texte. Les hommes l'aiment pour sa beauté, son éclectisme, sa drôlerie et son appétit sexuel. Les femmes la détestent. Aucune ne saurait rivaliser avec un tel calibre.
Je suis donc comme tout le monde : en admiration devant ce véritable don du ciel. Elle est dans mon lit, endormie, enfin apaisée et j'admire cette femme que je connais à peine et dont je connais toutes ces choses. Mon boulot m'a souvent favorisé les rencontres. Celle-ci est différente. Plus grande, plus intense, plus flippante aussi. J'ai en effet peur qu'elle me quitte, qu'elle disparaisse de ma vie aussi vite qu'elle est apparue. Je vais tout faire pour la retenir, lui dire que je l'aime, que je veux vieillir avec elle, qu'elle me manque déjà. Puis nous allons éclater de rire comme toutes les fois où je deviens sérieux. Gabrielle n'est pas prête à entendre mon discours. Je ne suis pas certain d'en maîtriser toutes les subtilités. Il y a encore quelques jours, nous étions des étrangers. Depuis, notre intimité a permis de gommer le temps. Nous nous connaissons désormais depuis toujours. Encore un peu et je la demande en mariage. Non, je déconne...
10:08 Publié dans Tranches de boite (feuilleton) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mercredi, 24 juin 2009
Episode 63 - Une belle rencontre
Les gens s'habillent n'importe comment de nos jours. Impossible de reconnaître un commercial. Avant, c'était facile. Il arborait fièrement un costume sobre, une cravate sobre, une chemise sobre, des chaussettes sobres. Pour les femmes, c'est la même chose. Je perds mes repères. Impossible donc de savoir que cette jeune femme élégante aux allures de financière de haut vol est en fait une consoeur. Nous nous faisons face dans le hall d'accueil de ce groupe alimentaire. Je l'observe du coin de l'oeil. Je sens son regard se poser furtivement sur moi. Serions-nous en phase ma belle ? L'hôtesse lui signifie que son interlocuteur va descendre. Stupéfaction. Nous sommes venus voir la même personne. Elle lui remet la grande enveloppe qu'elle agrippait quelques minutes auparavant. Son offre est précieuse. Son agence a travaillé dur. Ils se sont mis à plusieurs pour pondre quelque chose d'intelligent et novateur. Chez nous, le DG en personne a jeté un oeil sur la proposition. Ce prospect est important. Depuis plusieurs années, les agences lui tournent autour sans succès. Tout était fait en interne jusque là. Totalement inepte mais peu importe. C'était pas cher et efficace. Mais toutes les belles histoires ont une fin. La notoriété du groupe n'est plus là et les résultats commencent à s'en ressentir. La direction a donc décidé de confier sa communication externe à des professionnels. Le responsable de la com a été remercié et nous sommes donc là comme des mouches, excités et impatients.
Vient ensuite mon tour. Je remets mon enveloppe. L'acheteur me délivre un tampon. Il nous abandonne bientôt pour rejoindre ses étages et engager l'étude qui donnera lieu à délibération. La belle consoeur m'attend dehors. Elle fume fébrilement. Nous décidons de faire connaissance dans le café d'en face. Cette rencontre est peut-être importante...
10:06 Publié dans Tranches de boite (feuilleton) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 23 juin 2009
#27 - La farce cachée de l'entreprise
Je n'ai jamais été chassé. C'est un peu vexant, non ?! Pas étonnant dirait mon frère qui refuse de me parler depuis le jour où il a découvert que le gamin avec lequel il draguait les filles voilà pas si longteps avait échoué derrière un desk pour faire le larbin. Lui c'est autre chose, c'est un monsieur maintenant, avec des cartes de crédit, des crédits sur vingt ans, une femme pour les dîners en ville, une maîtresse dans chacune des succursales de sa world company, trois enfants pour renouveler les générations, un chalet à la montagne et une maison à la mer. Mon frère est l'incarnation de la réussite moderne. Il est incollable sur la géographie de l'Ile Maurice, s'endort devant CNN, fait venir son thé de Londres, ses cravates aussi. Il est tout ce que je ne suis pas, ce que je ne serai jamais, ce que je ne veux surtout devenir. Mais cela, bien sûr, il l'ignore puisque nous ne nous parlons plus. Même dans les réunions familiales, il évite soigneusement de m'adresser la parole, par crainte sans doute d'être contaminé par la médiocrité de ma vie. A vrai dire, je n'en lui en veux même pas à ce con. Nous vivons sur deux planètes différentes, parfois ces planètes se croisent mais elles ne font que se frôler car ni l'une ni l'autre ne veut du monde de l'autre. Incompatibilité totale d'humeur et de genre. Inutile de lutter. La vie est ainsi faite et même si nous provenons du même sang, nous sommes condamnés à ne jamais plus rien partager. Mais c'est pas grave. Je n'aime rien chez mon frère. A part peut-être sa femme...
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samedi, 20 juin 2009
Le jour où le sport à la télé m'a lassé et que j'ai acheté des chaussures et un survêtement
Je me suis dit que moi aussi j'avais le droit à ce sourire béat après une bonne course, la sensation d'avoir accompli quelque chose de grand, la satisfaction d'avoir enfin dépassé le pâté de maisons, aller et retour sans s'arrêter. Depuis ce jour là, je n'ai jamais cessé de courir...
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mercredi, 17 juin 2009
Episode 62 - Ne pas prendre un enfant par la main
Géraldine a des doutes. Elle a cette façon de me regarder que je ne lui connaissais pas. Comme si j'étais un animal blessé ou un enfant malade. Changer de job n'est pas la fin du monde, ma belle ! Ce n'est jamais agréable de devoir se remettre en question mais d'autres l'ont fait avant moi, alors ne t'inquiète pas pour moi, ma jolie, je saurai rebondir ailleurs. Je ne peux rien lui avouer, hélas. La fuite d'information peut se révéler fatale dans mon cas. S'ils apprennent que je suis prêt à partir et donc disposé à transiger, je ne pourrais espérer aucune bonne volonté de leur part, surtout s'il s'agit d'argent. Mieux vaut se taire, leur faire front avec un nouveau contrat en main et négocier au choix le raccourcissement du préavis ou un montant significatif. Je préfère la première solution car je ne veux pas leur être redevable. Surtout si un jour mon chemin croise à nouveau cette boutique. Géraldine doit pouvoir comprendre cela mais c'est le cadet de ses soucis. Elle croit qu'elle est enceinte.
Je n'ai rien à voir là-dedans. Les précautions d'usage ont été respectées à chaque fois. Mais si me soutient-elle, c'est possible. Il y a bien une fois ou deux où le préservatif aurait montré des signes de faiblesse. Comment donc ? Pas avec moi. Impossible. Tu n'es qu'une traînée et tu essayes de me faire porter le chapeau de ton inconséquence. Jamais. Tu m'entends, jamais je n'endosserai la paternité d'une progéniture qui n'est pas la mienne. Qu'est-ce qui j'y peux y faire si tu es jolie, que les hommes te veulent et que tu ne sais pas dire non. Pourquoi serais-je le père de cet enfant ? Pourquoi pas ton conseiller en chirurgie esthétique ? Je me fâche. Elle se braque. Je ne suis pas prêt de l'étreindre à nouveau...
10:04 Publié dans Tranches de boite (feuilleton) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 16 juin 2009
#26 - La farce cachée de l'entreprise
C'est décidé, je ne pars pas en vacances cet été. C'est bien trop risqué en cette période où la suppression de poste pend au nez de tout le monde. Qui sait si l'on ne m'aura pas remplacé par une borne interactive ou une pulpeuse hôtesse d'une agence spécialisée en interim à décolleté provocant ? Je les connais suffisamment bien pour savoir qu'ils sont capables de tout et surtout de ne pas respecter le code du travail. Peu leur importe que j'ai passé toutes ces années à leur fidèle service, donnant leur badge aux visiteurs, même les plus vilains, les plus discourtois, répondant au téléphone à tous ces gens pas aimables, triant le courrier, commandant les taxis, les plateaux repas, les coursiers, bref me donnant à fond dans un job de merde que je ne voudrais pas perdre au profit d'un pêtasse à gros seins, simplement parce que j'aurais commis l'imprudence de partir en vacances deux semaines. Ils ne m'auront pas sur une négligence. Pour me déloger, il faudra venir me chercher, avancer des arguments qui se tiennent et prouver la faute. Je ne suis pas certain qu'ils en soient capables à ce stade. Ils ont aussi des dossiers plus gros à s'occuper, des cadres avec des salaires confortables, affublés de bonus, voitures de fonction, téléphones portables en illimité et notes de frais à rallonges. Qui peut donc en vouloir à ce brave Stan, ce crétin diplômé qui se contente de si peu alors que l'avenir lui était ouvert à une époque pas si lointaine où il aurait suffit d'un peu d'ambition, de persévérance pour faire une carrière digne de ce nom et non pas finir avec un statut de dame-pipi, certes de luxe mais dame-pipi quand même ? Hein, dites-moi, qui m'en veut ? Je veux savoir.
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vendredi, 12 juin 2009
Le jour où j'ai décidé d'arrêter de voyager à l'étranger
Parce que j'ai peur en avion et qu'on est toujours collé au gros qui ronfle ou à une vieille qui parle mais jamais placé à côté de la bombasse qui aurait été si heureuse de partager une conversation ou plus si affinités. Parce que les voyages en train sont trop longs si on décide de partir loin et de toute façon trop bruyants à cause des malpolis au téléphone, des pleurs des enfants et des annonces incessantes pour nous dire que les sandwichs et les boissons chaudes ou fraîches sont disponibles dans la voiture bar toujours située à l'autre bout du train. Parce que je suis déjà un vieux grincheux qui aime son fromage qui pue, sa cuisine raffinée et ses vins chatoyants et qu'à l'étranger, c'est bien connu, on mange mal et que la boisson est forcément frelatée puisqu'elle ne vient pas de chez nous.
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mercredi, 10 juin 2009
Episode 61 - La course à l'armement
Ce sera bientôt mon tour. En toute logique, je devrais être l'un des prochains sur la liste des candidats au départ. Je n'en ai pas vraiment envie. Mais ai-je vraiment le choix ? Mon temps est compté parce que je ne suis pas en accord avec la direction. Certains choix contestables, certaines décisions imbéciles, certains licenciements hâtifs, m'ont permis de m'exprimer publiquement. Mon désaccord est évident. Ma sortie est donc inéluctable. Je vais laisser derrière moi un portefeuille de clients qui s'étaient attachés à moi, d'innombrables assistantes et stagiaires éplorées et j'espère quelques bons souvenirs pour mes collègues. Je n'ai que quelques semaines pour faire mes cartons. Je sais qu'au delà, on me raccompagnera sans trop d'égard et je ne veux surtout pas leur procurer ce plaisir. Partons dignement tant qu'il est en est encore temps. Mon CV est à jour. Il est actif sur les principaux sites de recrutement. Et les cabinets ont déjà pris connaissance de ma volonté de changer de job. Jusqu'à ce jour, peu m'ont contacté. Et les rares l'ayant fait ont été mis en stand-by. Il va falloir être plus offensif, plus déterminé car la bataille est rude dehors.
Pour faire bonne figure en attendant d'être choisi par un nouvel employeur, je fais comme d'habitude. J'appelle mes clients régulièrement. Je relance mes prospects chauds et j'abuse de mes charmes dès que l'occasion se présente. Ca tombe bien, Géraldine mon assistante lubrique préférée est à nouveau disponible pour me retrouver dans les toilettes handicapées. Depuis que son riche sponsor l'a lâchée au profit d'une poitrine plus volumineuse que la sienne, elle s'est mise en tête de passer sur le billard pour une retouche mamaire à la californienne, autrement dit sans tout le discernement nécessaire dans une telle opération. Tout le monde (surtout les femmes) essaye de l'en dissuader mais elle semble engagée dans une course à l'armement sans retour. Comme on sait dans la boite qu'elle m'écoute un peu, les regards se tournent vers moi. C'est une mission pour Stan. Je dois la convaincre de ne pas succomber à ce chantage stupide. Car, dans cette logique, à la prochaine déconvenue sentimentale, elle pourrait vouloir une autre opération sur une autre partie de son corps. J'adapte une stratégie. Au delà de la trousser régulièrement dans les toilettes handicapées, je l'invite donc à dîner et à l'hôtel. Je prends soin d'elle en faisant bien gaffe de ne pas lui donner de faux espoirs. On baise ensemble. On s'aime bien. Et je dois juste lui faire admettre que ses seins sont très bien comme ils sont...
10:02 Publié dans Tranches de boite (feuilleton) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
mardi, 09 juin 2009
#25 - La farce cachée de l'entreprise
Tenir un engagement a quelque chose de sacré. J'en prends donc le moins possible, et surtout lorsqu'il s'agit de promesses faites à une femme, comme une destination de week-end ou celle de ne plus me balader la truffe au vent dans le but avoué ou non de dénicher une nouvelle compagne de jeu. Yvonne se croit mieux lotie que les autres et pense à tort qu'elle me fera changer, simplement parce qu'elle sait me faire des trucs terribles et que j'en redemande. Mais il n'y a pas que le sexe dans la vie ma cocotte. Enfin presque. Nous ne sommes pas seulement des animaux condamnés à nous renifler le derrière et nous accoupler à tout bout de champ. J'ai la naïveté de croire que notre destin est un peu plus riche que cela. Nous avons été dôtés, pour la plupart d'entre nous, d'une intelligence nous permettant de nous distinguer du canidé ou du crustacé par la tenue de réflexions pertinentes sur l'état du monde et sur les meilleurs moyens d'améliorer son ordinaire. Nous pouvons avoir des idées nouvelles, en débattre et faire progresser le genre humain. C'est pourquoi ma belle, je ne vais pas me contenter de m'essoufler sur ton joli corps et caresser tes seins pendant des heures. Il va me falloir un peu plus si tu veux que notre histoire ait une chance de durer encore un peu. C'est pas facile de dire cela à une jeune femme, sûre de son sex-appeal et du pouvoir qui va avec. Je devrais la regarder dans les yeux, la fixer longuement avant de lui annoncer l'inaudible : aussi bizarre que cela puisse paraître, je veux autre chose que des câlins mais tu ne sembles pas capable de me l'offrir. Mais comment pourrais-je être aussi cruel avec une femme aussi douée ? Ce n'est tout simplement pas possible. Oublions alors de parler et revenons à l'essentiel. Viens par ici et gratte moi le bas du dos.
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