vendredi, 07 novembre 2008
Dans un train - Voiture n°10
Elle a toujours eu un problème dans les lieux publics avec sa grosse voix et son rire gras. Au cours de théâtre, on lui enviait cette particularité pour une femme. Dans le Bordeaux-Paris, certains pourraient se découvrir des vocations de meurtrier avec préméditation. Impossible de murmurer à sa voisine, elle sonorise le wagon à chaque fois qu'elle répond. Un homme lui a lancé un regard d'une noirceur incroyable quand il s'est dirigé vers les toilettes. Une jeune femme l'a imité. Puis, comme s'ils s'étaient donné le mot, ils se sont levés l'un après l'autre pour aller aux toilettes et tenter de neutraliser cette source de bruit en la paralysant du regard. Aucun résultat, elle a continué à converser avec sa voisine, une copine de longue date à qui elle a pu commenter les photos de son Ipod, un véritable arbre généalogique, un calvaire pour les voyageurs. Jusqu'au moment où un type sans âge à l'autre bout du wagon, un gars ni beau ni laid, ni grand ni petit, un monsieur ordinaire, comme tout le monde rendu fou par ce cauchemar sans fin, s'est levé en hurlant qu'elle pourrait avoir l'obligeance de réduire son niveau sonore. Il n'a annoncé aucune représailles mais on a tous compris au ton de sa voix qu'elles seraient terribles, quelque chose de moche et humiliant. Elle nous a alors gratifié de son rire gras et s'est retournée vers sa voisine pour continuer à dérouler l'histoire de sa vie. Le monsieur ordinaire s'est aussitôt dressé et d'un geste rapide et précis l'a visé avec quelque chose à la forme incertaine. En plein dans le mille. Sandwich crudités mouillées et mayonnaise, un délice dégoulinant sur le visage. Elle a bien essayé de prendre des gens à témoins mais tout le monde est retourné à sa lecture en se mordant les joues. Bien fait pour toi !
10:41 Publié dans Dans un train | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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