lundi, 10 novembre 2008
#2 - La farce cachée de l'entreprise
Rien ne m’échappe. Je sais tout. Je vois tout (ou j’ai d’autres yeux pour me raconter). Incontournable, je l’ai déjà dit mais je ne me lasse pas de ce pouvoir. Ce poste, je le sais, ne fera pas ma fortune. La modestie de mon salaire est compensée par la richesse sociologique de mon rôle dans cette entreprise. Je lui en suis reconnaissante. Et pour rien au monde, je ne lâcherai un tel poste au profit d’un autre plus rémunérateur certes mais beaucoup moins riche d’enseignements. En plus de l’accueil physique, ils m’ont confié (les inconscients !) l’accueil téléphonique. Quelle rigolade ! Non content de connaître leurs déplacements, l’accoutrement de leurs visiteurs et les horaires de départ et d’arrivée de chacun, je reçois les voix mystérieuses qui tentent de masquer un adultère déjà consommé ou à venir, les timbres hésitants, les pas aimables, les téléprospecteurs, les erreurs de numérotation et tous ces coups de fil quotidiens qui font que l'économie mondiale avance ou recule selon les jours et les saisons. Aujourd'hui, il faut faire preuve de diplomatie et rester concentré. Les chinois n'arrêtent pas d'appeler et comme toute la direction est en réunion, ils ont renvoyé leurs lignes directes sur le standard. Et c'est donc Bibi qui trinque. Je ne comprends pas grand chose. L'anglais, d'habitude ça va à peu près mais là, j'avoue avoir atteint mon seuil de compétence. Je bataille et m'applique. Ils finissent par comprendre que le mieux serait d'envoyer un email car ces messieurs "They are in meeting, yes, yes... Do you understand enfin ce que je dis Ducon ?"
10:47 Publié dans La Farce cachée de l'entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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