samedi, 29 novembre 2008
Le Centre (commercial) N°2
Une course contre la montre, cela y ressemble de plus en plus. De mémoire de commerçant du Centre, on n'avait pas vu une période aussi noire depuis les années 2000, quand les petits cons de l'internet ont cessé tout achat parce qu'ils avaient les bourses vides. Après avoir acheté tout et n'importe quoi, ils ont soudain tout stopper, car sans job et sans le sou qui allait avec. Fort heureusement, cette triste période, juste après l'effondrement des tours, n'a pas trop duré. On a réussi à recaser tout le monde assez vite dans de grandes institutions prospères et les cartes de crédit ont à nouveau pointé le bout de leur nez au Centre. Sylviane n'est pas d'une nature inquiète. Elle est juste lucide et sait comme les autres faire des additions. Et le résultat n'est pas très brillant cette année. Même si le pire est encore sans doute à venir. L'année prochaine quand ils auront bel et bien réalisé que les comptes seront à sec et qu'il n'y a plus lieu de claquer tout ce fric dans des trucs inutiles et hors de prix. Le Centre a cet avantage de ne pas être fait pour tout le monde. C'est aussi le principal inconvénient. Comment va-t-on pouvoir remplacer cette clientèle fidèle et aisée ? Sylviane s'en inquiète ce matin auprès de son voisin, Monsieur Sarafian, l'opticien récemment installé après avoir frappé aux portes du Centre à de nombreuses reprises. Pour les commerçants de la région, le Centre est un peu comme un eldorado. C'est l'aboutissement d'une carrière, un but ultime, la récompense d'un travail bien fait et l'assurance de futures belles années. Elle ne cherche pas à l'affoler. Elle veut juste discuter et attirer l'attention de ce veuf élégant qu'elle consolerait volontiers dans l'arrière boutique, entre le stock des grosses valises et les sacs de voyages en cuir, son endroit préféré pour les câlins torrides avec les beaux mecs du coin. Sylviane n'est pas seulement connue pour son historique commercial, c'est aussi une légende sexuelle du Centre. Elle en a consommé un certain nombre de ces mâles en rut et malgré les années ne s'est pas encore lassée. Ses victimes non plus d'ailleurs.
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lundi, 24 novembre 2008
#4 - La farce cachée de l'entreprise
La candidate de l'autre jour a été embauchée. Elle démarre ce matin. Elle ne sait pas encore que je sais tout ou presque à son sujet. Mais je ne vais pas résister longtemps. Elle est mignonne et elle me plaît bien avec son genre de fille sérieuse derrière des lunettes aux fines montures. Les lunettes, ça m'excite. Un peu de base comme garçon mais j'assume. La voilà qui arrive justement. Son regard est plus hésitant aujourd'hui. Je l'avais trouvé plus déterminée l'autre jour, plus wonder woman conquérante et cruelle, le genre d'oiseau à coincer dans un bureau le soir tard quand tout le monde est parti et qu'il n'y plus que nous mon amour oui vas-y fais moi mal avec tes talons. Ces pensées impures doivent se lire sur mon visage rougissant, à moins que ce ne soit un filet de bave à la commissure des lèvres. La jeune femme change en tout cas immédiatement d'attitude, comme si elle voulait saisir l'avantage qu'elle avait soudain sur moi pour me demander une faveur ou simplement lui autoriser l'accès aux étages alors même qu'il faut un badge pour cela ma jolie. Il faut se ressaisir et garder son rang, celui d'un honnête hôte d'accueil, fier de son métier et sûr de son geste. Je lui demande donc de décliner son identité et de me confier la carte du même nom. "Mais je travaille ici. En fait, je commence aujourd'hui." Taratata, on ne me la fait pas à moi. Je connais la faculté de certains à se faufiler dans les bureaux pour piquer les ramettes de papier, les post-it et les stylos. Je ne voudrais donc pas être tenu responsable d'un larcin qu'on aurait pu éviter si ce "gros con de l'accueil" (certains m'appellent ainsi, je le sais) avait fait correctement son boulot. La demoiselle aussi appétissante soit-elle doit se conformer aux usage de la maison. Pas de badge, pas d'ascenseur, c'est pourtant simple, non ?!
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samedi, 22 novembre 2008
Le Centre (commercial) - N°1
Bientôt Noël, c'est l'effervescence au Centre commercial. Tout le monde est aux aguets. Avant les soldes d'hiver, c'est la période chaude de l'année. Si l'on rate Noël, on rate sa saison, c'est bien connu dans le milieu. Sylviane connaît bien la musique, elle qui tient cette boutique de maroquinerie depuis au moins vingt ans. Personne ne saurait dater son arrivée ici. On sait seulement qu'elle est l'une des figures du Centre. Elle a surgi à la même époque. Pour l'heure, elle a sorti la tenue des grandes occasions, la féline tachetée avec ses bottes de cuir montant jusqu'au dessus du genou. Véritable point de repère pour les habitués, quand Sylviane est déguisée en fauve, cela signifie que le réveillon n'est plus très loin et qu'il est temps de faire ses emplettes. Sylviane n'est plus toute jeune mais elle peut encore faire son effet, surtout si l'on est pas trop regardant sur les détails, comme ce cou qui se plisse, le sein alourdi par la pesanteur des ans ou ses dents jaunies par une consommation soutenue de tabac brun et de thé noir, sans sucre ni lait, merci.
Le Centre, lui aussi s'est mis sur son 31. L'abondance de guirlandes et les animations rappellent aux clients que tout est fait ici pour qu'ils puissent dépenser leur argent sans trop compter, avec sérénité malgré la crise, malgré les salaires qui n'augmentent pas aussi vite que le coût de la vie et surtout celui du plastique, élément essentiel dans la production massive de tous ces jouets made in quelque part dans le monde, quelque part où Noël n'a certainement pas cette même saveur, cette même signification que dans nos contrées dites civilisées et qui risquent bientôt de frôler une indigestion fatale si l'on prête pas un minimum d'attention. Que fera-t-on quand le pétrole aura disparu de la surface de la terre ? Avec quoi pourra-t-on alors produire ces amoncellements de plastique bleu, vert, jaune, rouge, rose, ces maisons, animaux, monstres, guerriers, vaisseaux, krypto-princesses endimanchées qui ressemblent de plus en plus à des prostituées venues du froid ? On ne se pose pas toutes ces questions dans le Centre. Pour l'instant, il s'agit surtout de faire le chiffre.
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lundi, 17 novembre 2008
#3 - La farce cachée de l'entreprise
Cette fois-ci, le bouchon a été poussé un peu plus loin. La créature au regard étrange, envoutant, à la voix chaude et sensuelle qui était venue pour un entretien au sein du département marketing n’a pas échappé à ma sagacité. Il m’a suffi de relever son nom sur le passeport qu’elle m’avait confié en arrivant. Normalement, une entreprise comme la notre ne devrait pas s’embarrasser de ce genre de procédure sécuritaire. J’ai juste émis cette idée il y a quelque temps profitant de la paranoïa générale pour mettre en place cette nouvelle façon d’accueillir nos visiteurs. Et cela dans le but unique de pouvoir effectuer des recherches sur les personnes en question si le cœur m’en dit. Personne ne m’a assigné un tel rôle. Je n’ai pas besoin de consigne car je connais mes responsabilités. Je souhaite vérifier, c’est tout. Surtout si la fille est jolie et qu’elle a un profil accessible sur Internet. Comme je suis l’un des seuls à avoir un accès total aux ressources de la toile, il me suffit de commencer à cliquer dès que les portes de l’ascenseur se se referment sur la belle visiteuse. En l’occurrence, je n’ai pas été déçu. L’imprudente a un profil très accessible et j’ai découvert pas mal de chose sur son compte. Des photos et des textes que je qualifierai de coquins. Nous avons encore là une jolie idiote qui n'a pas consciente qu'il est imprudent de laisser trainer de la matière en période de recherche d'emploi. Tant pis pour elle. Tant mieux pour moi. Je n'ai plus qu'à vérifier qu'elle a su séduire le directeur marketing (pas de doute avec cet obsédé) et j'ai ma monnaie d'échange. Ghislaine, l'assistante du marketeux libidineux me confirme la chose par téléphone avant qu'elle ne redescende. En lui tendant son passeport, je lui adresse un "à bientôt" sans équivoque...
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vendredi, 14 novembre 2008
Le retour de la panthère
Elle est là. Enfin. Dommage. Certains craignent pour leur avenir. Les autres savent qu'il suffira de se plier à ses exigences. Crainte et respectée, elle peut propulser certains au sommet. Elle réduira à néant les récalcitrants, surtout ceux qui refuseront de la rejoindre dans son lit. L'enjeu est là. Si vous êtes un homme, à son goût, avec l'envie de réussir, il faut en passer par là. Si vous êtes une femme, ne convoitez jamais la même proie ou vous êtes morte. Inutile en tout cas de la chercher, c'est elle qui vous trouvera.
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lundi, 10 novembre 2008
#2 - La farce cachée de l'entreprise
Rien ne m’échappe. Je sais tout. Je vois tout (ou j’ai d’autres yeux pour me raconter). Incontournable, je l’ai déjà dit mais je ne me lasse pas de ce pouvoir. Ce poste, je le sais, ne fera pas ma fortune. La modestie de mon salaire est compensée par la richesse sociologique de mon rôle dans cette entreprise. Je lui en suis reconnaissante. Et pour rien au monde, je ne lâcherai un tel poste au profit d’un autre plus rémunérateur certes mais beaucoup moins riche d’enseignements. En plus de l’accueil physique, ils m’ont confié (les inconscients !) l’accueil téléphonique. Quelle rigolade ! Non content de connaître leurs déplacements, l’accoutrement de leurs visiteurs et les horaires de départ et d’arrivée de chacun, je reçois les voix mystérieuses qui tentent de masquer un adultère déjà consommé ou à venir, les timbres hésitants, les pas aimables, les téléprospecteurs, les erreurs de numérotation et tous ces coups de fil quotidiens qui font que l'économie mondiale avance ou recule selon les jours et les saisons. Aujourd'hui, il faut faire preuve de diplomatie et rester concentré. Les chinois n'arrêtent pas d'appeler et comme toute la direction est en réunion, ils ont renvoyé leurs lignes directes sur le standard. Et c'est donc Bibi qui trinque. Je ne comprends pas grand chose. L'anglais, d'habitude ça va à peu près mais là, j'avoue avoir atteint mon seuil de compétence. Je bataille et m'applique. Ils finissent par comprendre que le mieux serait d'envoyer un email car ces messieurs "They are in meeting, yes, yes... Do you understand enfin ce que je dis Ducon ?"
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vendredi, 07 novembre 2008
Dans un train - Voiture n°10
Elle a toujours eu un problème dans les lieux publics avec sa grosse voix et son rire gras. Au cours de théâtre, on lui enviait cette particularité pour une femme. Dans le Bordeaux-Paris, certains pourraient se découvrir des vocations de meurtrier avec préméditation. Impossible de murmurer à sa voisine, elle sonorise le wagon à chaque fois qu'elle répond. Un homme lui a lancé un regard d'une noirceur incroyable quand il s'est dirigé vers les toilettes. Une jeune femme l'a imité. Puis, comme s'ils s'étaient donné le mot, ils se sont levés l'un après l'autre pour aller aux toilettes et tenter de neutraliser cette source de bruit en la paralysant du regard. Aucun résultat, elle a continué à converser avec sa voisine, une copine de longue date à qui elle a pu commenter les photos de son Ipod, un véritable arbre généalogique, un calvaire pour les voyageurs. Jusqu'au moment où un type sans âge à l'autre bout du wagon, un gars ni beau ni laid, ni grand ni petit, un monsieur ordinaire, comme tout le monde rendu fou par ce cauchemar sans fin, s'est levé en hurlant qu'elle pourrait avoir l'obligeance de réduire son niveau sonore. Il n'a annoncé aucune représailles mais on a tous compris au ton de sa voix qu'elles seraient terribles, quelque chose de moche et humiliant. Elle nous a alors gratifié de son rire gras et s'est retournée vers sa voisine pour continuer à dérouler l'histoire de sa vie. Le monsieur ordinaire s'est aussitôt dressé et d'un geste rapide et précis l'a visé avec quelque chose à la forme incertaine. En plein dans le mille. Sandwich crudités mouillées et mayonnaise, un délice dégoulinant sur le visage. Elle a bien essayé de prendre des gens à témoins mais tout le monde est retourné à sa lecture en se mordant les joues. Bien fait pour toi !
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lundi, 03 novembre 2008
La farce cachée de l'entreprise #1
C'est peu banal pour une entreprise d'avoir quelqu'un moi à son entrée pour accueillir ses visiteurs. Le plus souvent, on fait appel à une jolie blonde, une brune voluptueuse, en tout cas une femme avec des lèvres rouges, des seins ronds, un tailleur noir et un sens inné de la déclinaison d'identité. Avec un mec à l'accueil, chauve mais souriant, toujours aimable et serviable, on sait que l'on entre là dans une boite atypique et c'est clairement le message que l'on adresse au visiteur, surtout au stagiaire et au futur salarié qui vient se présenter pour un entretien. Je ne manque jamais une occasion de jauger le ou la candidate et Yvonne, la névrosée du recrutement ne choisit jamais personne sans me demander mon avis. "Tu ne la trouves pas un peu pétasse celle-là?" Présentée de cette façon, je sais que j'ai intérêt à abonder dans son sens. Les filles sont souvent plus sexy qu'elles, elle en fait un complexe et refuse l'entrée aux trop jolies. On sait à quelle date les jolies femmes sont entrées dans cette boite, c'était avant l'arrivée d'Yvonne. Depuis c'est la grande foire au boudin, juste pour ne pas heurter la susceptibilité de Madame, un peu comme la reine dans Blanche Neige, sauf qu'elle était moins moche. Pourtant Yvonne n'est pas super moche. Elle manque juste de confiance en elle. Sans doute à cause de tous les mecs qui l'ont éjecté de leur lit au petit matin ou justement parce qu'il n'y en a pas eu assez pour le faire (ou pas du tout même). Bref, tout ça pour dire que malgré mon profil d'hôtesse d'accueil hors du commun, je suis un personnage incontournable de la boite. Je sais tout ou presque et j'adore le raconter...
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