lundi, 22 décembre 2008
#8 - La farce cachée de l'entreprise
La vie en entreprise ne serait rien sans sa traditionnelle fête de patronage, moment unique pendant lequel les différents services, si souvent antagonistes, donnent l'illusion d'appartenir à une même famille. Moi qui les observe tout au long de l'année, je sais plus que quiconque à quel point cette unité est factice, de circonstance pour contenter la direction et les ressources humaines, ceux-là même qui pondent les grands principes de la boite, une fierté ensuite inscrite dans le marbre des brochures institutionnelles : "Engagement, esprit d'équipe, responsabilité et solidarité". Balivernes marketing. Les gens se détestent. La compta méprise le service commercial qui maudit la finance qui voudrait bien externaliser l'informatique en Inde parce qu'ils sont moins arrogants et surtout beaucoup moins chers. Là où les gens se retrouvent habituellement, c'est autour de la haine du chef suprême, la direction générale, cette entité incompétente, trop payée et aveuglée par de tristes considérations portant sur la productivité du travail et la rentabilité de l'entreprise. Ici, c'est un peu différent. Personne ne déteste la direction. Personne ne l'aime particulièrement, non plus. Les gens s'en foutent. Du moment que les gamelles sont remplies, que la température est juste au dessus des normales saisonnières, tout va bien dans ce monde rendu difficile par les crises successives et la cupidité d'une poignée d'individus. Notre direction indiffère car elle n'est pas tangible. Personne ne voit le grand chef car le grand chef n'est pas là ou très peu. Impossible de le croiser dans les couloirs, à la cafeteria ou en sortant des toilettes. Il monterait directement du parking dans son bureau. Le grand chef donne ses instructions depuis l'extérieur, sa voiture, sa résidence secondaire, l'appartement de sa maîtresse... Sa fidèle assistante s'occupe de tout. Elle, est toujours là, toujours disponible, dispensant ordres, remontrances et félicitations de la part du patron. C'est souvent elle que je vois le matin en premier. Elle ne me parle plus depuis que j'ai refusé ses avances une veille de fêtes, un soir où elle se sentait encore plus seule que d'habitude.
11:20 Publié dans La Farce cachée de l'entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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