vendredi, 19 décembre 2008
Le Centre (commercial) - N°5
A l'heure des comptes, quand les gens arrêtent vraiment de se plaindre et regardent la réalité en face avec une certaine objectivité, on se rend compte que la crise n'a pas atteint tout le monde uniformément. On pourrait même soupçonner les plus grincheux d'être les moins touchés. La boutique Crazy Folies fait partie de cette catégorie. Edgard Simian a la complainte dans la peau. Plus le temps passe et plus les affaires sont difficiles et plus la voiture qu'il gare sur le parking est volumineuse, chère, inutilement imposante. Il en énerve plus d'un parmi les commerçants du Centre. Il agace tout le monde en fait. On ne supporte plus son cinéma permanent, cette comédie au final arrogante, complètement déconnectée de la réalité. Le numéro du brave petit commerçant acculé par tous, par tout, seul contre tous, tout et à jamais incompris des siens, et persécuté par ses ennemis ne fait plus recette. Monsieur Edgard, comme les gens l'appellent, ne fait plus rire personne et dérange maintenant que les signes tangibles de moments plus difficiles pour tous ont fini par s'installer. Crazy Folies ne s'est pas toujours appelé ainsi mais le magasin à cet emplacement a toujours eu la même vocation : dénicher un objet pas trop cher, amusant, original, un gadget, un bibelot en plastique, une bague ou un collier fantaisie, quelque chose de vraiment sincère. Crazy Folies a un slogan : un cadeau de dernière minute avec l'assurance de faire plaisir sans trop se ruiner. Donc, quelque soit la conjoncture, Monsieur Simian n'a pas grand chose à craindre pour la pérénité de son affaire.
Ce matin, c'est un peu la panique au Crazy. Une fuite d'eau menace les stocks et Edgard Simian n'a pas eu d'autres choix que de quémander l'asile commercial à quelques uns de ses voisins. La période de Noël est, comme chacun sait, cruciale pour l'année. Toutes les boutiques font le plein et les stocks regorgent de marchandises dans l'espoir d'en écouler le maximum alors et à défaut durant les soldes de janvier. Personne n'est donc capable de prodiguer l'aide demandée par Monsieur Edgard. Ils ne se sont pas donné le mot mais sont en fait tous bien contents de le voir en difficulté. Personne ne lui portera secours. Non assistance à personne en danger. La solidarité peut revêtir divers visages au Centre...
09:45 Publié dans Le Centre (commercial) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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