lundi, 05 janvier 2009

#10 - La farce cachée de l'entreprise

 

33.jpgIl fut un temps où l'on me reprocha mon manque d'ambition. Pas ouvertement bien sûr car la famille a aussi pour rôle d'être un cocon où la bienveillance flirte avec la mauvaise foi avérée mais je sentais souvent, au cours des réunions familiales, mes parents mal à l'aise avec l'idée que j'ai pu faire des études supérieures pour échouer derrière un desk d'accueil. Ils m'auraient davantage imaginé financier (mauvaise inspiration) ou directeur commercial (ah les parents et leurs idées saugrenues !) et certainement pas responsable des allées et venues d'une foule d'inconnus et de connus, de lignes téléphoniques et accessoirement d'un peu de courrier postal tant que l'internet laissera encore un peu de boulot à notre précieuse Poste nationale. Il m'a fallu du temps pour leur expliquer que ce job avait des avantages, dont celui d'être le poste d'observation rêvé pour une quête anthropo-sociologique, thème si cher à mon coeur. Les gens m'intéressent. Leur vie m'intéresse. Leurs travers, leurs vices, leurs secrets me passionnent. Je ne suis qu'un voyeur gourmand qui se régale tous les jours, car chaque jour apporte son lot de non-dit, de mesquinerie, de méchanceté, de gestes admirables, de choses simples rendant la vie de ces gens soudain intéressante. Pourquoi devrais-je alors bouder mon plaisir, renoncer à tous ces petits bonheurs quotidiens sous prétexte que dans la vie il faut faire carrière, avoir plein de pognon et rouler dans une grosse voiture polluante pour afficher sa réussite professionnelle et masquer d'autres carences inavouables ? Je suis bien là où je suis. L'année passée a été riche en micro-événements dont je me suis délecté. Ce n'est pas maintenant que je vais renoncer à mon plaisir. A ce stade, ce n'est plus de la gourmandise, c'est de la boulimie...

 

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