vendredi, 09 janvier 2009

Le Centre (commercial) - N°8

soldes.gifQue deviendrait le commerce mondial sans la période des soldes ? C'est assez dingue de constater ce que les gens sont disposés à faire pour décrocher le privilège de repartir avec un objet soldé. Cela est encore plus vrai lorsque l'on parle de vêtements. Sylviane contourne ainsi l'hystérie bi-annuelle avec sa boutique de décoration. Le trafic dans le magasin et les ventes font certes un saut notable en janvier et en juillet mais rien de comparable avec les dizaines de boutiques de fringues du Centre. La course au chemisier remisé n'aura pas lieu Pour Sylviane. Elle a toujours refusé les nombreuses propositions de reprises d'enseignes de mode. Les gens du Centre savent qu'elle est assise sur un joli magot, ce n'est un secret pour personne (des héritages successifs d'après les colporteurs de ragots mal informés), c'est donc très naturellement vers elle que les regards se tournent à chaque opportunité. Mais elle ignore la chose. "Je bosserai toute l'année pour quasiment rien, simplement pour brader les fins de collection deux fois dans l'année ?" Pas question de jouer à ce petit mesquin! Sylviane a toujours considéré les soldes comme la négation du commerce de détail, comme si les clients étaient assez stupides pour payer le prix fort toute l'année et devenaient soudain avisés, enfin moins bêtes quelques semaines en hiver et en été. Elle a une très haute opinion de son métier, un grand respect pour sa clientèle et veut, avant tout, demeurer en dehors des mouvements de masse. Les soldes, c'est l'hystérie collective érigée en nouveau précepte de la société de consommation, l'être humain réduit à la condition de hamster, emmagasinant les produits pour les consommer plus tard. Du haut de son comptoir, Sylviane observe le ballet étourdissant des mégères en goguette mais s'inquiète surtout de savoir à quel moment son opticien de voisin daignera enfin l'inviter à dîner.

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