lundi, 02 mars 2009

#15 - La farce cachée de l'entreprise

 

2564.jpgJe vois plein d'avantages à travailler dans une PME non cotée à la Bourse de Paris, Francfort ou Hong-Kong. Le premier d'entre eux est le plus important. Ceux qui peuvent faire ou défaire la boite sont connus, clairement identifiés et on peut, si l'occasion se présente, entamer le dialogue, essayer du moins de leur parler un peu, entre deux réunions très importantes, une partie de golf à assumer ou un week-end à Londres à caler dans un agenda déjà surchargé par les sollicitations à droite, à gauche, à la chasse ou ailleurs. Les quelques deux cent employés que nous sommes avons donc cette chance de savoir pour qui nous travaillons, qui paye notre salaire chaque mois et qui rechigne sur les augmentations en fin d'année. Nous connaissons notre patron même s'il demeure quelqu'un de relativement mystérieux puisque souvent cloîtré dans son bureau du dernier étage. Nous savons qu'il s'appelle Bertrand Lemaitre ; nous voyons parfois sa femme, une grande bourgeoise élégante et sans charme ; certains l'ont croisé avec des enfants identifiés comme pouvant être les siens. Sa voiture est la même depuis de nombreuses années. Et il n'a plus de chauffeur depuis qu'il a compris que ce signe extérieur de richesse pouvait le desservir auprès de partenaires sociaux devenus âpres dans la négociation et de clients tout autant affûtés dans cette discipline. Oui j'affirme que nous avons de la chance pour ces bonnes raisons. Il est toujours plus facile de faire face à l'adversité lorsque l'on sait contre qui on lutte. Nous n'avons pas en face de nous une liste d'administrateurs interchangeables, qui ne se privent pas de 's'interchanger' dans les différents conseil au sein desquels ils ont leurs sièges. L'actionnaire, ce fantôme cupide flottant sur les bourses du monde, ne vient pas hanter les nuits sans sommeil de nos dirigeants obsédés par le montant de leur prime ou de leur indemnité en cas de départ anticipé. Et le cours de notre action ne guide pas de façon souvent irrationnelle leurs faits et gestes. On a donc beau se plaindre un peu, comme il est de bon ton de le faire, notre sort est plus enviable que pour beaucoup. Merci patron !

 

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