vendredi, 20 mars 2009

#17 - La farce cachée de l'entreprise

truffe.jpgPeut-on user de légèreté tandis que les choses vont mal, que la crise 'cancérise' l'économie de façon fulgurante et que nos plus belles industries se disent menacées et nos institutions financières au bord du gouffre ? Les marchés s'effondrent, le moral des ménages aussi et la flopée d'indices boursiers (le moral des investisseurs allemands ou américains, le niveau d'investissement dans le bâtiment en Europe du Nord, le cours du cacao sur les bourses sud-américaines, le Footsie, le CAC 40, le Dow Jones, le Nikkei et la parité entre la roupie indienne et le Yen chinois) prennent un virage inquiétant. Je dis donc oui à la légèreté. J'ai envie de cette légèreté. J'ai besoin de cette légèreté au risque de suffoquer complètement et de finir comme toutes ces catastrophes économiques annoncées. Alors j'ouvre la fenêtre, j'écoute les oiseaux chanter et je me délecte du passage des passantes tout à coup moins chaudement vêtues parce que le printemps pointe enfin le bout de son nez et que le premier rayon de soleil de la saison produit déjà ses premiers effets aphrodisiaques. Serge est comme moi, la truffe au vent. Il espère que le regard de l'une de ces femmes saura s'attarder sur lui et sera touché par la grâce de ce physique balourd. Il attend un peu bêtement exposé au soleil, devant la porte d'entrée de l'immeuble en rêvant de cette rencontre improbable et en évitant les déjections de pigeons venus en nombre manifester leur joie à l'approche d'un printemps s'annonçant torride. Je l'aime bien ce Serge. Il me rappelle ma chance, celle d'être né moins laid et moins bête. Au moment où je l'observe, j'ignore encore les terribles desseins de notre DRH hystérique. Serge n'est plus très loin de la sortie. Il va faire les frais des restructurations, du dégraissage de mammouth, de la mondialisation, de la précarité érigée en norme, il va tomber au champ d'honneur avec les autres, parce que les entreprises ont perdu leur responsabilité sociale et sont désormais exclusivement orientées vers la productivité absolue. Serge est un crétin et il n'a plus sa place parmi les élites. Notre DRH gagne encore du terrain et elle remporte une nouvelle victoire. A part la dénoncer à une inspection du travail rendue impuissante par le poids de la conjoncture, je ne vois pas ce que je vais pouvoir faire de mon costume de justicier d'opérette...

Ecrire un commentaire