jeudi, 26 mars 2009
#18 - La farce cachée de l'entreprise
Vais-je grandir un jour, acquérir cette maturité qui fait de l'homme mûr un homme respectable et écouté ? Croire encore à mon âge que le simple fait de vouloir changer les choses a une chance de faire aboutir mon projet relève moins de l'utopie que de la bêtise. J'ai bien essayé d'amadouer une station de radio populiste en mal de sujet racoleur avec mon histoire de DRH alcoolique et tyrannique. Mais tant que celle-ci ne fait pas subir d'atroces sévices sexuels à des stagiaires non payés ou n'emploie pas de travailleurs clandestins dans des conditions épouvantables, on m'a rétorqué que mon témoignage n'avait aucune chance de passer le barrage du sensationnel à vocation commercial. Pour intéresser l'opinion, il suffit en fait de lui livrer ce qu'elle attend, au moment voulu. En l'occurrence, l'opinion se délecte ces derniers temps de scandales financiers, dans lesquels on évoque des nantis bien gras s'enrichissant sans vergogne sur le dos de pauvres petits. Je tiens assurément là un angle d'attaque imparable. Il me suffirait alors d'alerter un auditoire déjà sensibilisé et de leur faire miroiter d'inexcusables malversions mais je doute de l'efficacité de la manœuvre. Qui pourrait s'intéresser à un petit trafic de notes de frais quand d'autres déploient des millions d'ingéniosité pour mettre à l'abri du besoin leur famille pour plusieurs générations ? Notre DRH est certes une saloperie néfaste qui doit cesser de nuire rapidement, en agissant de la sorte, je risquerai surtout de provoquer des dommages collatéraux dont j'ignore la portée. Je tourne en rond. A part mettre un contrat sur son dos pour lui casser les jambes ou lui faire peur dans le parking, je ne vois pas ce que je pourrais faire pour mettre fin à ses agissements. Je pourrais peut-être pactiser avec l'ennemi...
15:59 Publié dans La Farce cachée de l'entreprise | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


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