dimanche, 21 décembre 2008

Super héro

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vendredi, 19 décembre 2008

Le Centre (commercial) - N°5

bling-bling-alized.jpgA l'heure des comptes, quand les gens arrêtent vraiment de se plaindre et regardent la réalité en face avec une certaine objectivité, on se rend compte que la crise n'a pas atteint tout le monde uniformément. On pourrait même soupçonner les plus grincheux d'être les moins touchés. La boutique Crazy Folies fait partie de cette catégorie. Edgard Simian a la complainte dans la peau. Plus le temps passe et plus les affaires sont difficiles et plus la voiture qu'il gare sur le parking est volumineuse, chère, inutilement imposante. Il en énerve plus d'un parmi les commerçants du Centre. Il agace tout le monde en fait. On ne supporte plus son cinéma permanent, cette comédie au final arrogante, complètement déconnectée de la réalité. Le numéro du brave petit commerçant acculé par tous, par tout, seul contre tous, tout et à jamais incompris des siens, et persécuté par ses ennemis ne fait plus recette. Monsieur Edgard, comme les gens l'appellent, ne fait plus rire personne et dérange maintenant que les signes tangibles de moments plus difficiles pour tous ont fini par s'installer. Crazy Folies ne s'est pas toujours appelé ainsi mais le magasin à cet emplacement a toujours eu la même vocation : dénicher un objet pas trop cher, amusant, original, un gadget, un bibelot en plastique, une bague ou un collier fantaisie, quelque chose de vraiment sincère. Crazy Folies a un slogan : un cadeau de dernière minute avec l'assurance de faire plaisir sans trop se ruiner. Donc, quelque soit la conjoncture, Monsieur Simian n'a pas grand chose à craindre pour la pérénité de son affaire.

Ce matin, c'est un peu la panique au Crazy. Une fuite d'eau menace les stocks et Edgard Simian n'a pas eu d'autres choix que de quémander l'asile commercial à quelques uns de ses voisins. La période de Noël est, comme chacun sait, cruciale pour l'année. Toutes les boutiques font le plein et les stocks regorgent de marchandises dans l'espoir d'en écouler le maximum alors et à défaut durant les soldes de janvier. Personne n'est donc capable de prodiguer l'aide demandée par Monsieur Edgard. Ils ne se sont pas donné le mot mais sont en fait tous bien contents de le voir en difficulté. Personne ne lui portera secours. Non assistance à personne en danger. La solidarité peut revêtir divers visages au Centre...

lundi, 15 décembre 2008

#7- La farce cachée de l'entreprise

 

photocopieuse.gifEglantine, c'est le nom de la nouvelle. J'aime ce nom. Ca sent bon le jardin et les baisers volés dans les bosquets. Ici, à part les plantes artificielles du hall, on manque un peu de verdure pour rêver à ces instants coquins, à l'abri des regards, des ragots qui s'ensuivent et de l'éventuel chantage qui peut en résulter. Moi, je sais tout ce qui se passe ici. Absolument tout, surtout quand on ne veut pas que cela se sache. Comme ce nouvel écart du directeur communication malgré les avertissements répétés, le quasi-blâme même, suite aux plaintes des stagiaires. Eglantine s'est fait attraper par Georges, notre priapique et sémillant patron de la com' depuis quinze ans déjà. Et cette fois-ci il y a même une preuve. Une personne, qui a souhaité conserver l'anonymat, m'a envoyé le petit film qu'elle avait pu prendre avec son téléphone portable. Aucun doute possible sur l'identité des protagonistes. Aucun doute non plus sur la nature de leur activité malgré la qualité un peu médiocre de l'image. La scène a été prise comme d'habitude, directement dans la salle de reprographie, à croire que les photocopieuses sont de nature à exciter la libido de notre étalon. C'est un animal. Il a marqué son territoire et revient toujours au même endroit. Si une femme s'égare vers la salle de reprographie avec Georges, on peut être certain que quelque chose va se produire. Il ne peut pas résister. J'ai entendu dire qu'il aurait suivi un traitement de désintoxication sexuelle suite aux injonctions de la direction générale, gênée par les plaintes répétées mais souhaitant conserver l'une des figures emblématiques de la maison. Sans aucun succès apparemment. Georges est multi-récidiviste. C'est ce qui fait son charme d'ailleurs. J'adore écouter les récits de ses nombreuses conquêtes, les filles aux quatre coins de l'Europe, son sens inégalé des relations avec la presse et les articles qu'il a pu obtenir uniquement grâce à son pouvoir sexuel. Ce mec est une machine. Les femmes l'adorent parce qu'il est leur jouet. On l'admire. On l'envie. On peut le plaindre aussi et s'apitoyer sur sa maladie. Moi, je ne prends pas partie et je me contente de le soudoyer dès que je peux. Cette fois-ci, j'obtiens 750 euros, un tarif raisonnable compte tenu de la preuve en ma possession. Mon fournisseur a reçu sa commission. Il me reste donc un joli billet de 500 euros pour faire quelques emplettes au centre commercial le week-end prochain.

 

vendredi, 12 décembre 2008

Le Centre (commercial) - N°4

st davidsshoppers.JPGIls ont installé les traditionnelles animations si chères aux enfants. Les nounours, les lions, les oies, les marmottes, les chiens, les chats, les hamsters, tous les animaux sont susceptibles de se transformer un jour en pantins de Noël pour la joie des petits et des grands. Cette année ne déroge pas à la règle. Les responsables du Centre ont mis les moyens habituels, des moyens qui peuvent apparaître exceptionnels dans des moments troublés. Mais que serait Noël au Centre sans ses animations ? Et sans ses échoppes temporaires ? Plusieurs fois dans l'année, le Centre accueille des stands qui selon la thématique et la saison peuvent être amenés à varier. Au départ, les commerçants du Centre voyaient ces animations d'un mauvais oeil. Puis ils se sont vite rendus à l'évidence qu'il n'y avait pas de réelle concurrence. Les "manouches" comme certaines mauvaises langues les surnomment ne sont là que pour quelques jours, deux semaines tout au plus, avec l'obligation de ne pas proposer de produits pouvant être achetés par ailleurs chez les commerçants du Centre. Il n'y a donc pas de risque. Juste moins de place pour circuler dans les allées.

Marius a toujours été favorable aux manouches. Pour lui, comme pour d'autres dragueurs invétérés, c'est une aubaine. Beaucoup de ces stands sont tenus par de jolies jeunes femmes susceptibles de rentabiliser le prix de la location de l'espace assez vite. Elles ont été choisies pour leur physique avantageux et leur bagout. Exactement le style de femmes de Marius. Facilement abordables, par définition itinérantes, elles sont de tous âges, blondes, brunes, rousses, à la peau claire ou foncée, elles sont toutes différentes et toutes identiques, elles plaisent à Marius et c'est bien là le principal puisque tant qu'il sera résident du Centre, les marchands du temple, les manouches et les jolies femmes peu farouches seront les bienvenus, surtout si leurs formes sont mis en valeur avec avantage et ostentation. On peut donc lui dire merci à Marius...

lundi, 08 décembre 2008

#6 - La farce cachée de l'entreprise

doigt.jpgPourquoi devrait-on virer les types qui ne servent pas à grand chose dans une entreprise ? Combien resterions-nous s'ils se mettaient à dégager les parasites en CDI, les pique-assiettes professionnels, les tire au flanc certifiés et les membres du comité d'entreprise ? Je m'élève contre cet ostracisme. De telles mesures sont dangereuses. Quand on commence à s'en prendre aux minorités visibles, on finit par voir les autres, ceux qui se cachent en ayant l'air débordé, ceux que l'on ne réussit pas à joindre parce qu'ils ne sont pas encore rentrés de déjeuner, ceux qui sont cramponnés à leurs écrans, happés par des 'chats' torrides ou des loteries en ligne. Il ne faut pas se laisser faire. Il faut lutter camarades. Je promets donc à mon pote Serge de m'occuper personnellement de son cas.  Car après lui, c'est les autres et je viens juste en suivant sur la liste. A force de supprimer tous nos jobs, de tout mettre dans les pays moins développés, ils vont finir par trop les développer ces foutus pays. Et lorsqu'ils voudront revenir en arrière, parce que les pays seront trop développés et demanderont plus d'argent et de RTT, il sera trop tard. Nous serons tous morts de faim et d'ennui.

La DRH m'aime bien. Elle sait que je sais qu'elle picole en cachette et qu'elle se tape parfois des stagiaires pré-pubères. Et comme j'ai su tenir ma langue, elle sait aussi que mon silence ne pourra demeurer indéfiniment gratuit. Moi aussi, j'ai un prix. Il peut varier rapidement. Aujourd'hui, il s'agit du job de Serge. Elle me voit vite venir avec mes gros sabots car elle n'est pas toujours imbibée la vieille. Elle a aussi ses instants de lucidité. Je suis l'un des seuls qui la vouvoie dans la maison. "Josy, vous ne pouvez pas raisonnablement envisager le licenciement de ce pauvre Serge. C'est un gars bien et volontaire. Je suis sûr que vous pourriez lui trouver d'autres missions qui justifieraient le maintien de son poste." "Il pourrait par exemple vous remplacer, cher ami. Qu'en pensez-vous ?" L'alcool ne lui a pas griller tous les circuits. Elle parvient encore à couper l'herbe sous le pied de certains. Et j'ai beau faire mon malin, je ne suis pas infaillible. Pour couper court à son chantage, j'engage immédiatement le mien et cela fonctionne. Ils sont quelques uns à vouloir sa peau à la vieille bique et ne seraient que trop ravis de tomber sur les preuves de ses agissements hautement déplacés pour une DRH. Serge a obtenu un sursis. Je me suis engagé à lui trouver de nouvelles occupations prochainement.

 

dimanche, 07 décembre 2008

All I want for Christmas

santa-claus.jpgAu palmarès des interprétations de "All I want for Christmas", la jeune interprète de Love Actually, surclasse certainement la dinde de Noël Mariah Carey qui malgré le poids des ans arrive devant Miley Cyrus - Hannah Montana et demeure quand même plus crédible dans ce registre que les petits génies de My Chemical Romance...

All I want for Christmas is you, you, you...

vendredi, 05 décembre 2008

Le Centre (commercial) - N°3

456543.jpgParmi les légendes du Centre, il figure en très bonne place. Quel homme de la région n'a pas acheté, ne serait-ce qu'une fois dans sa vie, une cravate dans la boutique "Lui" de Marius ? Depuis plus de vingt ans, Marius habille l'homme moderne avec sobriété et élégance. C'est son slogan, sa marque de fabrique et il l'assène avec l'énergie de ce sourire charmeur venu du sud de la France. La chevelure est devenue grisonnante avec les années mais elle est toujours longue, abondante et attachée dans un catogan, changé tous les jours pour être en accord avec l'humeur du jour et la couleur de la chemise. Marius ne porte jamais de veste. La chemise est toujours unie et cintrée pour mettre en valeur la discipline quotidienne qu'il inflige à son corps, un mélange d'exercices physiques et de nourriture équilibrée. Un véritable athlète maintenu dans une forme olympique surtout, comme il aime à le répéter, grâce à l'amour des femmes et leur regard attentionné pour ce bel homme célibataire indécrotable mais toujours disposé à dispenser tendres baisers et gros câlins.
Marius s'inquiète comme les autres de la morosité ambiante cette année. Les affaires sont moins bonnes et Noël ne rattrapera pas tout, pas cette fois parce que le miracle ne peut pas avoir lieu quand la crise est trop profondément ancrée. Il affiche cependant le sourire de circonstance, celui qui précède les fêtes de fin d'année, synonyme de réjouissances forcées en famille. Marius, lui, n'aura pas ce problème. Il ne fréquente plus sa famille depuis suffisamment longtemps pour ne pas avoir à se la coltiner à Noël...

lundi, 01 décembre 2008

#5 - La farce cachée de l'entreprise

25.jpgSerge et moi, c’est très naturellement que l’on est devenus copains. Après avoir trainé dans le hall d’accueil et les couloirs à la recherche d’une éventuelle infraction, d’un très éventuel visiteur mal intentionné ou d’un encore plus improbable employé surpris en train de piller notre légendaire stock de fournitures, il a échoué près de mon desk et en a fait un «lieu de surveillance global et stratégique» selon ses propres termes. J’aime bien Serge. Il est un peu con mais je l’aime bien. Il répète les trucs qu’il entend (à la télé pour la plupart et pas tellement dans les programmes dits culturels) et les restitue parfois un peu dans le désordre. C'est l'intention qui compte, après tout, n'est-ce pas. On ne va quand même exiger des CV à rallonges pour faire vigile, quand même. Car c’est son job. Même s’il soutient qu’il est responsable de la sécurité, je maintiens que c’est juste un vigile, sans berger allemand certes, mais un vigile pur jus. Baraqué, l’œil torve, amateur de films de kung fu et soutenant contre vents et marées que Steven Seagal est vraiment un acteur. Serge est une caricature, une honte totale pour sa famille, à moins qu'ils ne soient tous comme lui. Mais j'aime bien sa compagnie. Cela me détend les neurones, un peu comme un magazine people qu'on lirait aux toilettes.

Ce matin, mon camarade australopithèque a l'air soucieux. Lui d'habitude si disert, surtout au lendemain d'une journée de Ligue 1 (quand je vous dis que ce type est une caricature !), s'est assis silencieusement au fond du hall, en prenant son café, évitant les mini-viennoiseries, les yeux fixés sur un point imaginaire, avec la ferme intention de ne plus bouger pendant plusieurs générations. En plus de l'accueil, il m'arrive de faire assistante sociale et de m'inquiéter du sort de mes collègues (peut-être davantage par voyeurisme que réelle compassion mais peu importe puisqu'ils ont au final une épaule sur laquelle s'épancher). Sa manoeuvre n'avait en fait pour seul but que de m'attirer à l'écart pour se confier. "Ils veulent me virer" m'annonce-t-il sans préliminaires, pas de "comment ça va bien aujourd'hui ?", sa phrase préférée d'introduction (quand je vous dis qu'il est proche du crétin...). L'heure est grave en effet. Que vais-je devenir si l'on me prive d'une part de mes privilèges ?

A suivre (suspens insoutenable non ? Sauf si l'on se fout complètement du sort de ce pauvre Serge)

 

samedi, 29 novembre 2008

Le Centre (commercial) N°2

 

centre-commercial-les-quatre-temps-1201386531-centre-X-90-500.jpgUne course contre la montre, cela y ressemble de plus en plus. De mémoire de commerçant du Centre, on n'avait pas vu une période aussi noire depuis les années 2000, quand les petits cons de l'internet ont cessé tout achat parce qu'ils avaient les bourses vides. Après avoir acheté tout et n'importe quoi, ils ont soudain tout stopper, car sans job et sans le sou qui allait avec. Fort heureusement, cette triste période, juste après l'effondrement des tours, n'a pas trop duré. On a réussi à recaser tout le monde assez vite dans de grandes institutions prospères et les cartes de crédit ont à nouveau pointé le bout de leur nez au Centre. Sylviane n'est pas d'une nature inquiète. Elle est juste lucide et sait comme les autres faire des additions. Et le résultat n'est pas très brillant cette année. Même si le pire est encore sans doute à venir. L'année prochaine quand ils auront bel et bien réalisé que les comptes seront à sec et qu'il n'y a plus lieu de claquer tout ce fric dans des trucs inutiles et hors de prix. Le Centre a cet avantage de ne pas être fait pour tout le monde. C'est aussi le principal inconvénient. Comment va-t-on pouvoir remplacer cette clientèle fidèle et aisée ? Sylviane s'en inquiète ce matin auprès de son voisin, Monsieur Sarafian, l'opticien récemment installé après avoir frappé aux portes du Centre à de nombreuses reprises. Pour les commerçants de la région, le Centre est un peu comme un eldorado. C'est l'aboutissement d'une carrière, un but ultime, la récompense d'un travail bien fait et l'assurance de futures belles années. Elle ne cherche pas à l'affoler. Elle veut juste discuter et attirer l'attention de ce veuf élégant qu'elle consolerait volontiers dans l'arrière boutique, entre le stock des grosses valises et les sacs de voyages en cuir, son endroit préféré pour les câlins torrides avec les beaux mecs du coin. Sylviane n'est pas seulement connue pour son historique commercial, c'est aussi une légende sexuelle du Centre. Elle en a consommé un certain nombre de ces mâles en rut et malgré les années ne s'est pas encore lassée. Ses victimes non plus d'ailleurs.

 

lundi, 24 novembre 2008

#4 - La farce cachée de l'entreprise

femme-avec-lunettes.jpgLa candidate de l'autre jour a été embauchée. Elle démarre ce matin. Elle ne sait pas encore que je sais tout ou presque à son sujet. Mais je ne vais pas résister longtemps. Elle est mignonne et elle me plaît bien avec son genre de fille sérieuse derrière des lunettes aux fines montures. Les lunettes, ça m'excite. Un peu de base comme garçon mais j'assume. La voilà qui arrive justement. Son regard est plus hésitant aujourd'hui. Je l'avais trouvé plus déterminée l'autre jour, plus wonder woman conquérante et cruelle, le genre d'oiseau à coincer dans un bureau le soir tard quand tout le monde est parti et qu'il n'y plus que nous mon amour oui vas-y fais moi mal avec tes talons. Ces pensées impures doivent se lire sur mon visage rougissant, à moins que ce ne soit un filet de bave à la commissure des lèvres. La jeune femme change en tout cas immédiatement d'attitude, comme si elle voulait saisir l'avantage qu'elle avait soudain sur moi pour me demander une faveur ou simplement lui autoriser l'accès aux étages alors même qu'il faut un badge pour cela ma jolie. Il faut se ressaisir et garder son rang, celui d'un honnête hôte d'accueil, fier de son métier et sûr de son geste. Je lui demande donc de décliner son identité et de me confier la carte du même nom. "Mais je travaille ici. En fait, je commence aujourd'hui." Taratata, on ne me la fait pas à moi. Je connais la faculté de certains à se faufiler dans les bureaux pour piquer les ramettes de papier, les post-it et les stylos. Je ne voudrais donc pas être tenu responsable d'un larcin qu'on aurait pu éviter si ce "gros con de l'accueil" (certains m'appellent ainsi, je le sais) avait fait correctement son boulot. La demoiselle aussi appétissante soit-elle doit se conformer aux usage de la maison. Pas de badge, pas d'ascenseur, c'est pourtant simple, non ?!