vendredi, 27 février 2009

Le Centre (commercial) N°15

sportdimanche.JPGTout le monde le sait. Le travail du dimanche est un vrai sujet. Et les commerçants du Centre comprennent finalement l'empressement des responsables à les réunir sur ce thème. Monsieur Barde est visiblement mal à l'aise sur ce point. Dès les premiers mouvements d'humeur de certains en faveur du projet, il fait état de pressions municipales pour ne pas ouvrir le Centre commercial le dimanche. L'autre association des commerçants, celle du centre ville, aurait fait pression sur certains membres du Conseil municipal pour éviter une concurrence supplémentaire. Si, jour de marché, le Centre devait être ouvert, la ville perdrait une partie de son âme car son marché se viderait immanquablement. Tout argument, aussi ténu soit-il, est bon pour sauvegarder les intérêts des protagonistes de l'affaire. Marius est d'accord pour ne pas froisser les susceptibilités de ses confrères. Edgard Simian ne souhaite pas travailler plus. Sylviane tente de mettre tout le monde d'accord en proposant une ouverture limitée, entre 13h et 19h. L'idée est accueillie avec enthousiasme par Monsieur Barde qui voit là l'opportunité de concilier les intérêts des parties en présence. Le marché du centre ville ne souffrira d'aucune concurrence et les boutiques non plus. On peut procéder au vote. Ceux qui le souhaitent pourront ouvrir le dimanche. Cette quasi unanimité autour du projet redonne le sourire à Monsieur Barde. Une campagne d'affichage démarrera le mois prochain pour annoncer la mise en place le mois suivant, le temps pour chacun de s'organiser et recruter de nouveaux vendeurs. Julien Finot remercie les participants tandis que son chef serre quelques mains en quittant les lieux. Le candidat en campagne et son fidèle aide de camp. Les portes du Centre vont ouvrir. Il est temps de retourner au boulot...

jeudi, 19 février 2009

Le Centre (commercial) - N°14

Julien Finot a convoqué tous les commerçants du Centre ce matin. Le directeur veut leur parler et a demandé à son adjoint de se débrouiller pour organiser au plus vite une réunion en s'arrangeant avec une enseigne avec assez de place pour accueillir l'évènement. C'est la première fois depuis qu'il est responsable du lieu que Monsieur Barde prend ce genre d'initiative. Les gens sont par conséquent inquiets de ce qui pourrait en ressortir. Dans le magasin de sport où tout le monde commence à s'agiter, les pronostics les plus fous circulent. Le Centre va être complètement restauré ou détruit. Monsieur Barde aurait choisi de ré-attribuer les emplacements de chacun ou de céder à la tentation des grandes enseignes de chaînes internationales qui poussent depuis longtemps aux portes du Centre pour s'implanter de façon très significative. Il est 9h15 et Monsieur Barde fait enfin son entrée. La plupart des magasins ouvriront dans moins d'une heure et il s'agit de ne pas traîner en route. Il ne manque a priori personne. On peut démarrer.

dimanche.jpg"Bonjour, je ne serai pas long car nos portes ouvriront bientôt et nous avons tous du travail". L'entrée en matière fleure la campagne de réélection mais personne n'est d'humeur à plaisanter. "J'ai demandé à Julien Finot d'organiser cette réunion car il me semble important que nous soyons à un moment ou un autre tous réunis pour discuter de certains sujets. C'est pourquoi avec votre accord, je souhaiterai que cette première soit suivie d'autres. Je propose donc un rendez-vous fixe trimestriel avec la possibilité de programmer d'autres réunions ponctuelles si les circonstances l'exigeaient. Est-ce que vous êtes d'accord avec cette proposition ?" Tout le monde est pris au dépourvu. On croyait à l'annonce de quelque chose d'important. Mais il s'agit juste d'une décision stupide d'un bureaucrate pour qui la vie active se résume à organiser des réunions, à aller à des réunions, à faire des compte-rendu de réunions, bref à confondre son travail avec une réunion ! Un vote à mains levées sans enthousiasme est improvisé et la motion est acceptée. Chacun est prêt à retourner à sa boutique. "Avant que vous ne partiez, je souhaitais quand même avoir votre avis sur l'ouverture le dimanche." Stupéfaction dans l'auditoire ...

vendredi, 13 février 2009

Le Centre (commercial) - N°13

200808231434_zoom.jpgLe bilan est mitigé après les soldes. Personne ne peut se targuer d'avoir brillamment passé l'épreuve mais personne non plus n'est resté sur le bord de la route. Les gens ont acheté un peu. Ils ont dépensé un peu. Ils ont regardé beaucoup. Ils se sont attardés parfois, ont hésité souvent. Pas d'enthousiasme particulier, pas de quoi se réjouir. Comment se réjouir de faire l'essentiel de son année au moment où l'on brade sa marchandise ? Y-a-il matière à être fier de cela ? Sylviane reste sourde à l'argumentaire développé par Virgile. Elle l'écoute poliment parce qu'elle le trouve joli garçon. Elle le trouve touchant dans son costume mal ajusté. Il a l'air perdu. Elle en prendrait bien un morceau pour son quatre heures. Lui, continue son discours parce qu'il pense avoir capté une audience. Ces yeux clairs le dévorent et marquent là un intérêt évident par la clairvoyance du propos. C'est plutôt flatteur de savoir ainsi tenir son public en haleine. A ce rythme, il pourra bientôt haranguer des foules entières, les exhorter à se soulever contre toutes les oppressions qui les menacent. Il a un grand avenir d'homme politique, c'est maintenant une évidence. Il commencera d'abord localement, au Centre par exemple, en se faisant élire délégué du personnel. Puis il faudra voir plus grand. La commune ou carrément le département. Et si tout va bien, il tentera l'Europe. Virgile trouve que ça sonne bien 'député européen'. Ce projet l'enthousiasme mais il voudrait un avis extérieur. Il interroge Sylviane qui s'en fout. "Pourquoi pas mon jeune ami. Cela me fait penser que j'ai certainement quelque chose qui pourrait vous servir pour votre carrière. Si vous voulez bien me suivre dans la réserve..." Virgile est tout excité par la nouvelle et lui emboîte le pas...

lundi, 09 février 2009

Le Centre (commercial) - N°12

saisie-compta.jpgJean-Claude Bounel a toujours clamé que même en période de crise aigüe, les secteurs du sexe et de la nourriture sauront toujours trouvé des clients. En restant sur les fondamentaux de l'être humain (manger, dormir, s'accoupler) il n'y aurait, selon lui, aucun danger pour une activité commerciale de ce type, même un peu médiocre. C'est un peu vrai mais pas complètement. Car il faut aussi s'adapter. Pour le sexe, c'est ce qu'il a fait. Lui aussi a pris le virage de l'internet très tôt et a dû laisser tomber le secteur lucratif des sex-shop. En tant qu'expert-comptable indépendant, il avait fait le choix de se spécialiser. Les clients d'alors se passaient le mot facilement et l'on savait dans tout Paris que Bounel était l'homme de la situation dès qu'il s'agissait de présenter une comptabilité raisonnablement exacte tout en préservant le placement astucieux de sa retraite au Luxembourg ou en Suisse. L'essor de l'internet a contraint Jean-Claude Bounel à une diversification accélérée. Il a opéré le virage sans regret car cela coïncidait à une période où les services administratifs commençaient à mettre en doute la probité de son travail. C'est ainsi qu'il a atterri au Centre. Edgard Simian et sa boutique Crazy Folies lui a mis le pied à l'étrier. Mais ayant très vite compris que son client n'était pas des plus appréciés au sein de la communauté, il a vite élargi sa clientèle pour finalement abandonner le Crazy Folies et sa mauvaise réputation. La gratitude ne fait pas toujours bon ménage avec la réussite professionnelle. A ce jour, toutes les commerces indépendants du Centre utilisent les services du cabinet Jean-Claude Bounel, expert-comptable. Seul Edgard Simian et son arrogante boutique travaillent en dehors de son giron. Simian est assimilé par les autres aux magasins de chaînes, un autre monde. Il faut toujours une tête de turc au sein d'un groupe. On est ainsi certain d'avoir au moins un point de convergence.

lundi, 02 février 2009

Le Centre (commercial) - N°11

176.jpgLes rumeurs vont toujours très vite au Centre. A peine a-t-il eu le temps d'exprimer un peu de lassitude que Marius s'est soudain vu approché par une kyrielle de 'confrères' jusque là peu enclins à échanger la moindre politesse avec l'un des anciens de la place. Mais voilà, les bonnes affaires attirent toujours les vautours. Et la perspective de s'octroyer un emplacement de choix avec une clientèle fidèle attise la convoitise des moins scrupuleux, ce qui a le don d'énerver Marius, jamais avare de démonstrations lorsqu'il perçoit une menace à son honneur. "Qui a dit que je vendais ? Pas moi. Jamais de mon vivant, cette bande de cafards ne mettra pas la main sur ma propriété. Ce magasin, c'est moi qui l'ai fait, qui l'ai fait grandir et lui ai donné sa réputation. Ils peuvent toujours courir pour que je lâche l'affaire." Julien Finot assume. C'est lui qui est venu au contact, colportant la nouvelle en sachant à quel genre de riposte il pouvait s'exposer. Finot remplit son rôle de directeur adjoint. Il doit s'assurer de l'équilibre de tous et soutenir, s'il y a lieu, les locataires affaiblis. Il se garde bien de révéler ses sources car si l'affaire devient possible, ces mêmes sources l'ont chargé d'une mission de négociation, moyennant une confortable commission. Julien Finot sortirait ici de son rôle habituel. Mais il est comme tout le monde. L'argent, a fortiori beaucoup d'argent, peut largement avoir raison de ses beaux principes et le faire sortir du rang. Qui plus est, il n'a aucune espèce d'estime pour Marius, pas plus que pour les autres, ces misérables marchands. La déception est la hauteur de la commission imaginée. Finot repart la queue entre les jambes, laissant Marius à sa fureur feinte dans un spectacle qui aura su s'attirer les sympathies d'un public composé de confrères et de clients tous venus se délecter de la chose. Le Centre peut encore compter sur Marius pour une partie de son animation. C'est ce qui rend tous ces gens heureux aujourd'hui.

vendredi, 23 janvier 2009

Le Centre (commercial) - N°10

tetedansnuages.jpgVirgile est un peu l'ami de tous, ici au centre. Les commerçants l'ont vite adopté car un personnage iconoclaste est forcément attachant. On le voit converser avec tous, les clients, les habitués, les pressés, les trainants, les familles, les femmes seules, les enfants perdus, les vieux oisifs, les vieilles mal lunées, les jeunes à la mode et celles qui cherchent à le devenir, les ados complexés et les jeunes turbulents. Aucun genre n'a sa préférence. Virgile aime les gens dans leur diversité. Il s'enrichit à leur contact, se constitue une vaste réserve de personnages et de vies pour ensuite alimenter un imaginaire dédié à la littérature. Virgile est écrivain et il recherche en permanence de la matière pour nourrir ses histoires et surtout ses personnages. Ici, au centre c'est l'endroit rêvé pour faire la plein de caractères pour s'en servir ensuite dans la construction de ses personnages et de ses histoires. Tout est à portée de main, il suffit d'observer et de prendre quelques notes. On le voit souvent parler à son talkie-walkie. Mais à l'autre bout, personne n'est sensé lui répondre. Il a collé un dictaphone à son instrument de travail. La vie passe ainsi devant lui sans se rendre compte qu'elle est immortalisée par un vigile un peu artiste qui photographie oralement une tenue originale, un regard évocateur, une tension perceptible, des soucis en pagaille, une envie de tout plaquer, une montagne d'espoir, une foule de sentiments que seul l'oeil avisé d'un observateur éclairé est capable de capter et d'enregistrer sur un dictaphone reçu à l'occasion d'un anniversaire. Virgile ne surveille en fait pas grand chose dans le Centre. En matière de sécurité, on a vu mieux. Il fait davantage partie d'un décor qui donnerait presque des allures de village à un simple centre commercial de banlieue. Pourquoi alors devrait-on briser le charme sous prétexte d'être dans les normes ?

vendredi, 16 janvier 2009

Le Centre (commercial) - N°9

agent-securite.jpgA y regarder d'un peu plus près, les effets de la crise ont tendance à s'estomper avec les jours qui passent. Les clients se sont d'abord montrés timides à l'annonce du début des soldes. Puis, ils finissent par sortir de chez eux, bravant le froid et les faibles perspectives de rentabilité de leur épargne. Car tout est fait pour minimiser leur inquiétude. On leur dit que l'Etat prête de l'argent aux banques pour qu'elles puissent en prêter à leur tour (l'avion à grande échelle, en somme et donc pas de quoi être vraiment rassuré). On change nos gouvernants, on s'occuperait enfin du sort de la planète et promis, on va essayer d'arrêter la guerre dans le monde, parce que c'est mal et surtout parce que c'est mauvais pour le business.
Virgile se fait volontiers l'écho de l'évolution de notre société occidentale vieillissante et décadente selon lui. Virgile est un vigile pas comme les autres. Il dit avoir choisi ce métier après des études universitaires complètes, assez brillantes mais au final peu en adéquation avec la réalité du monde du travail. Après avoir longuement milité dans diverses associations en lutte contre la fabrication industrielle de chômeurs à vie via l'université, il s'est résolu à trouver un job, quelque chose de simple et pas trop loin de chez lui, un travail lui permettant de côtoyer des gens sans avoir à les forcer à acheter quelque chose (commercial ou commerçant, quel métier dégradant !), un poste d'observation sur le monde et la vie des gens. En choisissant cette voie originale, il dit avoir suivi les traces de son cousin germain qui s'est retrouvé hôte d'accueil d'une grande PME nationale et qui comme lui, avait fait ce choix étrange de peut-être sacrifier un talent caché pour avoir simplement le plaisir de se délecter de la vie des autres. Iconoclaste et forcément attachant, Virgile est, comme quelques autres, une figure du Centre

vendredi, 09 janvier 2009

Le Centre (commercial) - N°8

soldes.gifQue deviendrait le commerce mondial sans la période des soldes ? C'est assez dingue de constater ce que les gens sont disposés à faire pour décrocher le privilège de repartir avec un objet soldé. Cela est encore plus vrai lorsque l'on parle de vêtements. Sylviane contourne ainsi l'hystérie bi-annuelle avec sa boutique de décoration. Le trafic dans le magasin et les ventes font certes un saut notable en janvier et en juillet mais rien de comparable avec les dizaines de boutiques de fringues du Centre. La course au chemisier remisé n'aura pas lieu Pour Sylviane. Elle a toujours refusé les nombreuses propositions de reprises d'enseignes de mode. Les gens du Centre savent qu'elle est assise sur un joli magot, ce n'est un secret pour personne (des héritages successifs d'après les colporteurs de ragots mal informés), c'est donc très naturellement vers elle que les regards se tournent à chaque opportunité. Mais elle ignore la chose. "Je bosserai toute l'année pour quasiment rien, simplement pour brader les fins de collection deux fois dans l'année ?" Pas question de jouer à ce petit mesquin! Sylviane a toujours considéré les soldes comme la négation du commerce de détail, comme si les clients étaient assez stupides pour payer le prix fort toute l'année et devenaient soudain avisés, enfin moins bêtes quelques semaines en hiver et en été. Elle a une très haute opinion de son métier, un grand respect pour sa clientèle et veut, avant tout, demeurer en dehors des mouvements de masse. Les soldes, c'est l'hystérie collective érigée en nouveau précepte de la société de consommation, l'être humain réduit à la condition de hamster, emmagasinant les produits pour les consommer plus tard. Du haut de son comptoir, Sylviane observe le ballet étourdissant des mégères en goguette mais s'inquiète surtout de savoir à quel moment son opticien de voisin daignera enfin l'inviter à dîner.

vendredi, 02 janvier 2009

Le Centre (commercial) - N°7

Costume_Maestro_1.jpgJulien Finot a cet honneur d'appartenir à la catégorie enviée des gens biens. Bien sous tout rapport car bien né, bien élevé, bien dans ses baskets, bien parce que toujours en forme apparente, toujours un sourire, un mot gentil, une attention. Julien Finot est l'incarnation du cauchemar pour tous les commerçants masculins du Centre. Son physique de coureur de fond ne laisse pas insensible. Son savoir-vivre et savoir-être font figure de référence. Et il n'est pas rare d'entendre son nom cité en exemple ou comme valeur étalon pour jauger d'un comportement, d'une réflexion ou simplement pour le pur plaisir de se rappeler que Dieu n'a pas mis sur terre que des gens cupides, stupides, obsédés par le sexe, méchants et sales. Les commerçants du Centre ignorent que le Monsieur Finot en question a comme tous les êtres humains, même ceux bénis par les dieux, une part d'ombre soigneusement cachée. Rien de très grave en somme, rien qui ne soit vraiment dommageable pour la communauté. Pourtant, ils seraient (elles plus encore certainement) bien tristes d'apprendre que Julien Finot ne les aime pas. Aucun. Aucune. Personne ne trouve grâce à ses yeux. Il les considère tous comme de vulgaires marchands du temple, nourris de médiocrité, pétris de mesquinerie, moches, vulgaires, pourris. Julien Finot méprise ces gens. Il ne les côtoie que par pur intérêt bassement matériel : endetté sur plusieurs années par un luxueux prêt étudiant, il n'a pas eu d'autre choix que d'accepter ce poste de directeur adjoint d'un Centre commercial de banlieue. Désolé de vous décevoir messieurs, dames (surtout mesdames quand même), je ne suis pas ce gendre idéal, cet amant fantasmé, le futur père de vos enfants, ce copain de beuverie, de poker ou de stade, je ne suis qu'un ex-étudiant qui cherche à faire rapidement son trou pour vous échapper et enfin partir à la conquête du vrai monde. Quand la vérité est moche à ce point, mieux vaut ne pas la connaître. Mais tant que les gens du Centre ignoreront la face cachée de cette entreprise, tout continuera à aller au moins mal dans le pas encore pire des mondes...

vendredi, 26 décembre 2008

Le Centre (commercial) N°6

52180564.jpgLes clients le savent. La plupart des boutiques acceptent d'échanger voire de rembourser la marchandise pour peu que l'on présente le ticket de caisse. Le lendemain de Noël peut donc être une journée consacrée à l'échange. Sylviane déteste ce moment mais elle préfère encore être là pour constater d'elle-même l'étendue des dégâts plutôt que de confier cette mission ingrate à l'une de ses vendeuses. Cette année ne devrait pas déroger à la règle. Sylviane espère que certains d'entre eux auront reçu des chèques cadeau ou des espèces et en profiteront pour les dépenser. Elle déchante rapidement. La conjoncture n'est décidément pas favorable. Les gens sont restés chez eux. Mise à part une ou deux habituées, elle n'a vu personne d'intéressant. Quelques âmes esseulées sont venues traîner devant la vitrine, l'un des vigiles l'a saluée, Monsieur Finot, le responsable adjoint du Centre lui a dit bonjour de loin et Monsieur Sarafian l'a complètement ignoré. Sylviane n'a pas renoncé à l'attirer dans ses griffes manucurées celui là mais elle doit bien reconnaître que le bonhomme n'est pas facile. Elle le sent préoccupé et lointain. Malgré des appels du pied répétés pour se faire inviter à déjeuner ou boire un café, son voisin opticien conserve une distance trop suspecte pour être honnête. Jamais un homme ne lui a autant résisté. C'est peut-être pour cela qu'elle s'acharne tant. Comme la méthode douce a montré ses limites, elle devra passer au stade supérieur si elle veut parvenir à ses fins. Elle l'inscrit mentalement dans sa liste de bonnes résolutions pour l'année prochaine. Voilà au moins une bonne chose de faite pour aujourd'hui…

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