mardi, 15 avril 2008
Mater la voisine d'en face
Au risque de passer pour un pervers (n’en suis-je pas un après tout ?), depuis que j’ai découvert la voisine de l’immeuble d’en face, mes yeux sont irrésistiblement attirés vers elle, aimantés comme s’ils ne pouvaient plus voir sans elle. Lorsque j’ai expliqué cette découverte à mon vieux copain Nestor, il m’a traité de voyeur et de malade mental, ce qui n’est pas très sympa venant de la part d’un ami. Est-ce que je lui rappelle que Nestor est aussi le nom d’un stupide pingouin ? Quoiqu’il en soit, mâter la voisine d’en face est devenu un passe-temps dont j’ai du mal à me passer. C’est à croire parfois que ma nouvelle passion revêt un aspect obsessionnel tant mes faits et gestes sont dictés par ceux de cette créature de l’autre bout de la rue. Le bon sens devrait m’interdire de continuer. Oui mais qu’est-ce que j’y peux si elle s’habille et se déshabille presque sous mes yeux ?
Tous les matins, je la vois enfiler des sous-vêtements soyeux et tous les soirs elle fait les mêmes gestes dans le sens inverse. D’abord la culotte, puis vient le soutien-gorge. Pour les bas, elle s’assied et me tourne le dos. Quelques secondes après, je la retrouve face à moi, enfilant un chemisier, agrafant une jupe ou fermant un pantalon. A ce moment précis, elle m’appartient complètement. Le rituel est toujours le même. J’ai donc moi aussi mes petites habitudes. A 7h15 précises, mon réveil sonne et je sais qu’à partir de cet instant, je dispose d’une vingtaine de minutes pour me préparer de mon côté. Douche, rasage et thé noir. De son côté, elle dort encore. Elle se lève à 7h30 et se précipite dans la salle de bains. Moins de dix minutes plus tard, je la retrouve rien que pour moi, complètement nue et exposée à mon regard indiscret. Elle ne sait pas que je l’observe et pourtant elle déploie une telle sensualité dans l’accomplissement de ses gestes que j’ai parfois des doutes. Mais elle ne me voit pas. C’est impossible. Vu l’angle séparant nos appartements respectifs, j’ai une vision parfaite sur sa chambre et son salon tandis qu’elle ne peut voir que mes fenêtres. Je suis intouchable et c’est bien cela qui rend ma manie dangereuse pour mon équilibre mental. J’en finis par ne plus penser qu’à cela. Toute la journée j’attends le moment du déshabillage nocturne. Et le soir, je m’endors en sachant que l’effort du lever sera récompensé. Le plus bizarre là dedans, c’est que je ne connais même pas son visage. J’en devine la rondeur et la délicatesse des traits mais l’angle de vue ne m’offre qu’un corps sans tête.
Bien sûr, connaissant parfaitement sa garde robe, je pourrais me poster en bas de l’immeuble et l’attendre pour la voir passer. Mais je ne veux pas car j’ai peur d’être déçu. Je pourrais faire mieux encore, le suivre et tenter de l’aborder, au hasard d’une rue, d’un restaurant, d’un ascenseur. Mais la déception pourrait être plus grande encore. Qui sait ce qu’elle me répondrait ? Peut-être détesterais-je sa voix, son haleine ou son parfum ? Ce serait dommage de tout gâcher par une rencontre, par des mots forcément moins puissants que des rêves. En ces temps troublés de pénurie hédoniste, je ne veux pas rater ma chance et passer à côté de mon plaisir. Alors, du coin de ma fenêtre, je continue, jour après jour, à mâter la voisine d’en face.
09:46 Publié dans Bloc Notes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, journal, sexe, voyeurisme

